Les porteurs de changements

La masse critique est là

marc seguinEntrevue avec Marc Séguin peintre, artiste, auteur et cinéaste

Par Simon Bégin

Depuis le lancement de son film La ferme et son état en novembre dernier, Marc Séguin a multiplié les projections-débats de ce portrait des changements en cours partout sur la planète agricole ainsi que des obstacles qu’ils rencontrent chez nous. Son constat : « même si Pronovost n’a pas eu les suites qu’il méritait, les choses bougent et, même si la future politique n’est pas à la hauteur, elles vont continuer à bouger parce que de plus en plus de gens le veulent ».

« La grande différence avec l’époque du rapport Pronovost, c’est que tout ce monde représente une masse critique beaucoup plus forte, ce qui rend le maintien du statu quo presqu’impossible ». Selon Marc Séguin, s’il faut respecter les acquis, une politique agricole ne peut pas se résumer à les défendre.

Pour lui le Québec agricole est actuellement vulnérable face à la renégociation de l’ALÉNA parce qu’il ne mise pas assez sur la diversité. « Tout est fait pour le modèle dominant alors qu’il faudrait multiplier les modèles. Je n’ai rien contre les fermes de 1 000 vaches, il en faut, mais pourquoi ne pas encourager aussi les plus petites qui pourraient offrir un lait différent dans des circuits différenciés plutôt que tout soit mélangé dans le même réservoir. Laissons les gens décider du lait qu’ils veulent et on pourrait avoir des surprises ».

Marc Séguin en a particulièrement contre le risque sanitaire qu’on nous a toujours brandi pour empêcher le changement. « En Colombie-Britannique, un éleveur bio peut produire jusqu’à 2 000 poulets de chair par année sans quota alors que la limite est de 100 au Québec. Et personne n’est mort.  Les tenants du statu quo vont devoir trouver autre chose ».

Fort de son périple dans La ferme et son état, Marc Séguin croit que le problème n’est pas tant que l’UPA ait trop de pouvoir, elle occupe l’espace qu’on lui laisse. Le problème, c’est que ceux qui devraient exercer ce pouvoir ne le font pas.

Un des rares sinon le seul influenceur du milieu culturel québécois à vouloir sonner l’alarme sur ces enjeux professe une confiance mitigée face à la future politique.  « C’est sûr qu’il va y avoir des gros efforts mais c’est aussi sûr que ce ne sera pas à la hauteur. Je vais être triste mais pas découragé : triste parce qu’on pourrait être rendu beaucoup plus loin en termes de santé, de diversité et d’occupation du territoire, pas découragé parce que la conscientisation est en marche et elle ne s’arrêtera pas.  Le malheur, c’est qu’il y dix ans, on aurait été visionnaire alors que maintenant, on fait du rattrapage. »

Nous avons également rencontré François Handfield et Léa Charest, deux figures emblématiques de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ) dont les 80 membres sont de ces porteurs de changement, à travers le réseautage et une mise en marché collective différente.  Ils sont pour la plupart jeunes, toujours bio, souvent universitaires, sans terre et non fils ou fille d’agriculteur. 

Eux-aussi oscillent entre déception, espoir et méfiance.  Eux-aussi ont la conviction que les choses vont continuer à bouger dans le bon sens, avec ou sans le gouvernement.

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