AJUSTER L’APPROCHE COLLECTIVE AUX DIFFÉRENTS MARCHÉS

Depuis une quinzaine d’années au moins, la multiplication des marchés publics et la vente directe à la ferme ont permis d’intensifier  la relation de proximité entre les agriculteurs et les citoyens-consommateurs. Cela a favorisé l’éclosion d’un lien de confiance et de convivialité qui évoque un peu les relations villageoises du monde rural d’autrefois. Mentionnons aussi les échanges réguliers à travers la livraison par des « fermiers de famille » de paniers hebdomadaires de plus en plus populaires et diversifiés.

 

Le Sommet sur l’Alimentation a révélé une position relativement unanime des participants à l’égard des circuits courts et de l’agriculture locale. Cependant, de nombreux freins reliés aux mécanismes actuels de mise en marché collective limitent l’essor de ces pratiques. Malgré cela, il n’a nullement été question au Sommet de comment on va passer à l’action pour aplanir ces difficultés.

 

Sans totalement remettre en question les mécanismes existants, des ajustements sont inévitables pour répondre à ce désir grandissant d’accéder plus directement à des produits alimentaires dont la traçabilité est a priori plus facile à établir. Les fortes résistances invoquant des risques sanitaires ou économiques ne peuvent plus tenir, notamment à la lumière des résultats d’une récente étude illustrant les ouvertures réalisées sans impact négatif pour des productions sous gestion de l’offre dans d’autres provinces canadiennes (Rapport Mundler)[1]. Au Québec, cette ouverture est ainsi limitée à 99 poules pondeuses ou poulets de chair.

 

De tels produits représentent certes une faible proportion aliments qui nourrissent les Québécois au quotidien. Mais ils répondent à ce que recherche un segment non négligeable de la population prêt à payer plus pour des produits originaux, de qualité supérieure et à forte valeur ajoutée. Ils contribuent aussi à mousser la fierté identitaire de terroirs méconnus. Ajoutons qu’il s’agit de revenus appréciables et en augmentation. En outre, plusieurs de ces produits se substituent peu à peu à des importations. Qui n’a pas réduit ses achats de fromages européens depuis qu’on a des fromages fins au Québec?

 

À une autre échelle, le secteur de la transformation s’est adapté et on voit également apparaître des produits différenciés. Il y a eu des pionniers, comme le « poulet Saint-Hubert ». Après avoir essuyé un refus pour obtenir un refroidissement à l’air (plutôt qu’à l’eau) des carcasses après abattage, l’entreprise a dû faire ses achats en Ontario. Par la suite, la situation a toutefois évolué vers un approvisionnement au Québec; depuis, plusieurs autres clients importants ont opté pour du poulet résultant du même procédé de refroidissement. Pensons aussi au lait bio, qui connaît une grande popularité. Malgré quelques avancées pour développer des produits spécifiques, des obstacles importants demeurent à travers les mécanismes de mise en marché pour les productions couvertes par des plans conjoints ou encadrées par la gestion de l’offre.

 

Le rapport Pronovost propose un menu d’outils pour favoriser le développement des produits de niche associés aux circuits courts et à la vente directe (ex. petits élevages) de même qu’un accès élargi à des produits différenciés à grand volume pour des marchés de masse (ex. appellations).

 

Circuits courts

 

– Le soutien au développement et à la promotion des circuits courts (#16.1).

– Une définition formelle par le MAPAQ des lieux de vente associés à ces circuits (#14.1), prévoyant notamment diverses conditions (#14.1.1 à #14.1.4).

– La mise en place d’une politique concertée d’approvisionnement des institutions sous la responsabilité de l’État (#16.3).

– Des attentes précises à la Société des alcools du Québec pour des partenariats avec les producteurs québécois de vins et d’alcools, incluant une promotion adéquate (#16.4).

 

Produits différenciés pour des productions sous plan conjoint ou gestion de l’offre

 

– Une négociation des prix déterminée entre une agence de mise en marché et les acheteurs; les prix, pour diverses classes de produits, sont des prix de base (#14.2).

– Des modifications à la Loi sur la mise en marché des produits agricoles pour pouvoir établir par règlement des critères objectifs et vérifiables justifiant une entente de différenciation de produits (#14.3)

– Des ententes librement conclues et assujetties à certaines conditions (#14.4).

– Des prélèvements effectués aux fins de recherche, formation et développement; ces fonds gérés en concertation au sein d’une chambre de coordination (#14.5).

– Des modifications à la Loi sur la mise en marché (…) pour établir une procédure de désignation des régisseurs de la Régie des marchés agricoles (#14.6).

– Des modifications à la Loi sur la mise en marché (…) pour que la notion d’intérêt public appliquée par la Régie tienne compte des conséquences de ses décisions (#14.7) sur:

. le revenu des producteurs et les programmes de soutien du gouvernement (#14.7.1);

. la compétitivité du secteur et le développement régional (#14.7.2 et #14.7.3);

. la demande pour les produits québécois, la diversité et le prix des produits offerts sur le marché (#14.7.4 et #14.7.5).

 

 

[1] P. Mundler et alli (2017), Productions sans quota et commercialisation en circuits courts – Statut et enjeux, Faculté des sciences de l’Agriculture et de l’Alimentation, CIRANO, Université Laval

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