ÉDUQUER ET FORMER POUR MIEUX PRODUIRE ET MIEUX MANGER

L’ensemble du secteur bioalimentaire est globalement confronté à d’importantes difficultés, tant au plan de la formation que de la rétention des ressources humaines, comme l’ont souligné plusieurs organisations présentes au Sommet sur l’Alimentation. Cependant, on n’y pas évoqué spécifiquement la situation de la production agricole; on n’en a pas non plus parlé au congrès de l’UPA. Les constats du rapport Pronovost en ce qui concerne la formation agricole étaient pourtant assez préoccupants.

 

Mentionnons un niveau général de scolarité des producteurs agricoles alors très inférieur à celui des secteurs manufacturier et de la construction: 10-12% plus de gens sans aucun diplôme et un autre écart de 10% en moins pour les diplômes post-secondaires. Une comparaison du niveau de formation des producteurs agricoles du Québec avec ceux du Canada illustrait aussi un net écart défavorable au Québec. Malgré un rattrapage notable dans les années 1990 le Québec tirait quand même toujours de l’arrière en 2001 (l’écart était peut-être même plus grand avec l’Ontario). Les exigences de formation pour l’obtention d’une subvention gouvernementale à l’établissement avaient été augmentées durant cette période (https://www.fadq.qc.ca/accueil/).

 

Mais on partait de loin au Québec. Pendant des générations, l’agriculture a surtout été une activité de survivance, les familles agricoles ayant tendance à « faire instruire » leurs enfants les plus doués (généralement pour des études non agricoles) et à encourager leurs enfants les moins doués à « rester sur la terre ». Parallèlement, la situation était toute autre dans les provinces anglophones, où la formation agricole est depuis longtemps quasiment un réflexe en milieu rural. Étant donné qu’il n’y a pas l’équivalent d’une formation technique de niveau collégial partout dans les autres provinces, le niveau universitaire est souvent vu comme une préparation pour opérer une entreprise agricole. Ici, de telles études visent surtout une fonction conseil.

 

Il y a eu une nette progression au Québec depuis une dizaine d’années mais la situation n’a pas radicalement changé par rapport au reste du Canada. Un portrait de l’évolution de la relève agricole entre 2006 et 2011 révèle une augmentation du niveau de formation collégiale (DEC, passant de 30% à 33%) et universitaire (passant de 9% à 12%) (http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/Portrait_releveagricole.pdf). Précisons que ces diplômes ne sont pas nécessairement reliés au domaine agricole (ex. biologie, administration). Par ailleurs, les attestations d’études collégiales (AEC) et les diplômes d’études professionnelles (DEP) comptaient pour 34% en 2011. Au total, 79% de la relève avait alors au moins complété des études post-secondaires mais plus de 20% n’avait aucune formation.

 

Signalons que la fréquentation collégiale semble varier selon les régions ces dernières années. Par exemple, l’ITA et le Cegep de Victoriaville ont dû parfois contingenter les inscriptions pour le programme « Gestion et technologies d’entreprise agricole » mais ce même programme a été abandonné au Cegep de Matane et les cohortes sont actuellement peu importantes aux collèges d’Alma et de Joliette. Par ailleurs, les données des rapports annuels de La Financière agricole du Québec (https://www.fadq.qc.ca/accueil/) montrent une légère baisse du nombre de subventions à l’établissement pour la période 2012-2017 mais une hausse pour l’aide au démarrage. Bon an, mal an depuis 2004, le nombre de personnes ayant bénéficié d’une aide pour ces deux catégories a oscillé entre 382 et 478. Il n’y a donc pas indication d’une augmentation substantielle.

 

La proportion de gens avec une solide formation demeure relativement limitée pour l’exercice d’une profession aussi complexe qui, de plus, implique des investissements considérables. Dans cet univers technico-économique où les choses évoluent très rapidement, les incertitudes sont grandes face à l’avenir. Afin de bien se préparer et de tirer le meilleur parti possible des opportunités de développement en agriculture, les producteurs du Québec auraient grand intérêt à globalement viser l’atteinte d’un niveau de formation équivalent ou même supérieur à celui de leurs collègues des autres provinces. À cet égard, des mesures musclées sont souhaitables au plan de la formation de base, des prérequis pour l’accès aux programmes gouvernementaux et de l’accompagnement des entreprises agricoles.

 

Dans un autre ordre d’idées, il est ressorti clairement du Sommet sur l’Alimentation que des actions importantes devaient être mises en place quant à la sensibilisation des consommateurs à l’égard de l’alimentation, ce qui rejoignait des constats du rapport Pronovost. De solides notions pratiques ont aussi été préconisées au Sommet pour implantation dans les écoles primaires et secondaires. À ce propos, le Premier ministre Couillard a même évoqué avec enthousiasme le modèle du Danemark.

 

Pour répondre à l’ensemble de ces considérations, le rapport Pronovost propose un menu copieux.

 

Encadrement de la formation agricole

 

– Transformation de l’ITA en société d’État dirigée par un conseil d’administration, avec des membres de tous les secteurs intéressés (#17).

– Mandat élargi de l’ITA (#18), notamment:

. La révision et la mise à jour de l’ensemble des programmes de formation initiale, professionnelle et technique (#18.1);

. L’implantation d’une formule d’alternance travail-études pour les programmes de formation et la mise sur pied d’un programme d’accréditation de fermes modèles comme lieu de recherche et de formation (#18.2 et #18.3);

. L’accroissement des contenus de formation sur l’économie, l’agroenvironnement et les dynamiques de marché (#18.4);

. Un rôle conseil auprès du ministère de l’Éducation pour l’offre de formation initiale et continue en vue de favoriser l’accès dans les diverses régions (#18.5 et #18.6).

 

Exigences et incitation pour la formation

 

– Un diplôme d’études collégiales spécialisées en agriculture (ou l’équivalent) devient le niveau minimal de formation pour obtenir une aide financière à l’établissement (#19).

– Les producteurs agricoles sans ce diplôme sont fortement incités à s’engager dans un parcours personnalisé de formation (#20); de plus :

. L’ITA conçoit et met en œuvre une méthode de reconnaissance des acquis des agriculteurs et des travailleurs du secteur (#20.1);

. L’ITA élabore un parcours de formation continue où les agriculteurs pourraient s’inscrire à un programme qui mène à un diplôme d’études collégiales spécialisées en agriculture (#20.2).

– Des mesures incitatives sont offertes aux producteurs agricoles afin de faciliter leur parcours de formation continue (#22); notamment :

. Un programme pour les agriculteurs et travailleurs en formation pour un diplôme; il couvre la majorité des dépenses de la formation, incluant le déplacement et le remplacement sur la ferme (#22.1).

– Une incitation à recourir davantage aux services conseils (#25); notamment par :

. Un accès des services d’aide à la gestion et à l’entrepreneuriat dans les régions (#25.2);

. Un soutien financier aux centres régionaux d’établissement en agriculture (#25.4);

. Un soutien financier aux services conseils en agroenvironnement pour accompagner les producteurs agricoles, particulièrement en matière d’éco conditionnalité (#25.5).

 

Éducation et sensibilisation

 

– Une politique bioalimentaire axée sur la santé et une saine alimentation (#41) :

. La mise en œuvre par le secteur des stratégies et plans d’action pour l’adoption de saines habitudes de vie (#41.9).

. Un soutien au développement du Centre de référence en nutrition humaine pour des services sur Internet et un centre téléphonique sur les aliments et la santé  (#41.10).

 

Cette énumération n’est pas exhaustive. On peut y ajouter: #18 (autres sous-recommandations), #21, #22 (autres sous-recommandations), #23, #24, #26, #41.7.

 

 

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